Spazio Dei Sospiri

2011

 

Spazio dei Sospiri

pour orchestre (2011).

Commande de l’Orchestre Philharmonique de Liège pour son 50e anniversaire

Soupirs, à l’instar de ces silences en musique qui allègent et altèrent progressivement la trame luxuriante initiale, comme pour mieux faire entendre la sensibilité exquise d’une musique de chambre imaginaire transposée dans le monde de l’orchestre. Soupirs encore, sous la forme de respirations profondes proposées par les musiciens au milieu de l’œuvre ; d’abord par les vents, soufflant dans leur instrument sans faire entendre de hauteurs, seulement un frémissement poétique bruiteux imité ensuite par les cordes frottant leur archet de manière inhabituelle, juste pour offrir le chuintement métaphorique des désirs de sons entendus ou à entendre. Bref, cet « Espace de Soupirs » nous raconte évidemment une histoire à inventer pour chacun, une métaphore, à l’instar du « Sospiro » du madrigal italien dont il s’inspire. Mais loin de vouloir faire une allusion directe à ce genre musical, l’œuvre use de manière déguisée certaines de ses techniques, depuis l’expression mélodique (monodique) initiale, projetée petit à petit dans des espaces polyphoniques pour enfin trouver sa plénitude dans une écriture homorythmique « grandioso ». Le Lamento baroque est aussi de la partie, au même titre que Monteverdi. Ainsi, un petit cycle chromatique descendant s’articule-t-il d’abord caché au tréfonds de l’écriture pour peu à peu se révéler à la fin de l’oeuvre sous la forme d’un ostinato de harpe qui conclura ces désirs de soupirs conçus autour d’un travail orchestral en clair-obscur.

Quant à l’Orient cher au compositeur, il n’est jamais très loin, transpirant au gré des mélismes et des glissandi qui caractérisent la mélodie initiale. Celle-ci offrira d’ailleurs l’unique matériau de la pièce. Un assemblage de rythmes fuyants et d’intervalles obsessionnels qui contamineront peu à peu une texture faite d’alliages subtils et variés de couleurs instrumentales, pourtant déjà très présents dès les premières mesures.

Reste l’engagement du compositeur qui se manifeste par la métaphore du « Pont des Soupirs » vénitien (histoire de donner un surcroît de sens aux lignes précédentes), édifice architectural trop célèbre, qui reliait le Palais de Doges avec sa prison. Plaintes et lamentations seront donc présentes dans cette musique, à l’image de celles de ces prisonniers, le plus souvent politiques, qui profitaient d’un dernier regard de liberté avant de s’engouffrer dans l’obscurité des salles néfastes.

Dès lors, « Spazio dei sospiri » se veut comme un « pont miniature » jeté entre la chorégraphie indienne vigoureuse du Ramayana et la dramaturgie d’Arianne (ah, son merveilleux Lamento !), l’obscurité plaintive et l’espoir qui taraudent chaque prisonnier enfermé injustement, qu’il soit du passé, présent ou à venir ; le tout en quelques minutes où Mouvements, Espace et Soupirs nous parlent d’un jeu de l’âme contemporaine.

Cette pièce d’orchestre fut créée à l’Auditorium du Nouveau Siècle de Lille (France) le 10 février 2011 par L’Orchestre Philharmonique de Liège et de la Communauté Wallonie-Bruxelles sous la direction de Petri Sakari,

L’œuvre est dédiée à Jean-Pierre Rousseau, en remerciement à toute l’attention qu’il a prodiguée à ma musique au cours de ces dernières années à la Direction de cet orchestre magnifique.

Membre(s)
Durée
0:13:0
Effectif

Orchestre symphonique (3,3,3,3 - 4,3,3,1 - 3perc, timb, hpe - cordes) (13 min.)