Le Tracé s'envole

2011

« Le Tracé s’envole » ?

Il s’agit de la dernière phrase du texte chanté. Depuis longtemps j’avais envie d’associer chœur et orchestre. En mai 2010, une première oeuvre en ce sens a été créée par un choeur parisien de 250 enfants, accompagnés d’un orchestre et d’un groupe traditionnel malgache. Lorsque l’OPL m’a contacté, j’ai proposé d’associer le Choeur de Chambre de Namur et Jean-Pierre Rousseau a accepté. Avec ses 16 chanteurs (quatre pour chaque tessiture), il est traité pratiquement comme un pupitre de l’orchestre, au point d’être placé au sein de celui-ci et non derrière comme cela se fait d’habitude. Le texte est de Corine Hoex, une écrivaine belge que m’a fait connaître mon épouse, il y a déjà quelques années. Après avoir lu plusieurs de ses romans et recueils de poésie, je suis entré en contact avec elle par l’intermédiaire de son éditeur. Lorsque je lui ai parlé de mon projet de mettre l’un de ses textes en musique, elle m’a envoyé toute une série de poèmes, y compris des inédits. J’en ai gardé deux qui parlaient de la Mer du Nord, car j’aime beaucoup la Mer du Nord, quelle que soit la saison. J’y suis allé d’innombrables fois avec mes parents et, aujourd’hui, j’y emmène régulièrement mes enfants. Ne pouvant me résoudre à choisir l’un des deux poèmes, j’ai décidé de les entremêler tous les deux. En fait, je n’ai gardé que des portions de textes de chacun. La forme générale est vaguement inspirée du « rondeau » : une sorte de « refrain », issu du premier poème, alterne avec des « couplets » tirés du deuxième. C’est très visible à la lecture du texte, avec une succession ABCBDBE.

Et au niveau musical, quel a été votre point de départ ?

Je suis parti de presque toutes les lettres « musicalisables » du nom « Orchestre Philharmonique de Liège ». En allemand, les premières lettres de l’alphabet désignent LA, SI bémol, DO, RÉ, MI, FA, SOL, SI bécarre. Je n’ai gardé dans le nom de l’Orchestre que les lettres qui trouvaient un équivalent musical (en incluant le S, qui désigne MI bémol).  De ces notes, auxquelles j’ai appliqué des traitements variés, j’ai déduit tout le matériau musical de l’oeuvre. Les « refrains » ont tous la structure d’une vague musicale, partant d’un ppp et aboutissant à un climax fff, sans retour (sans ressac). Cette « vague » est à chaque fois de plus en plus longue, et animée d’un tempo de plus en plus rapide. L’oeuvre s’achève par un doux solo de clarinette, accompagné par les cordes, le glockenspiel et le célesta.

Je n’ai pas cherché à faire une œuvre joyeuse — concept un peu bateau —, mais je n’ai pas non plus voulu faire une œuvre expérimentale ; c’est une pièce qui sonne bien pour l’orchestre. Le texte chanté y est le plus souvent compréhensible, mais parfois aussi fondu ou enfoui dans les sonorités instrumentales. L’orchestre comprend les cordes, les bois par 2, 4 cors, 3 trompettes, 3 trombones, 1 tuba, timbales, 3 percussions, 1 harpe et 1 piano jouant aussi le célesta. Il n’y a qu’un bref moment où le chœur chante a cappella. L’oeuvre a été achevée le 1er septembre 2010 ; elle est dédiée à tout le personnel de l’OPL , musiciens et non musiciens. Je vois dans les derniers mots, qui forment le titre, une double métaphore de l’OPL qui prend son envol et de la musique qui sort des sentiers battus.

(PROPOS RECUEILIS PAR ÉRIC MAIRLOT)

Membre(s)
Instruments
Durée
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Effectif

pour choeur et orchestre